Toulouse rebelle ?

vendredi 6 mai 2016
par  Marsanay
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Dans l’article de La Dépêche rendant compte de la journée de mobilisation du 3 mai, deux faits ont attiré notre attention : l’annonce de l’essoufflement du mouvement et l’occupation du Macdo. La 3 mai, c’était une journée sans appels à la grève pour signifier la continuité du refus de la loi travail au moment où celle-ci faisait son entrée au parlement.

D’ailleurs, le texte de loi n’a même pas été examiné par l’Assemblée Nationale ; les travaux reprendront lundi pour cause de long weekend. Non, il n’était pas nécessaire de perdre un jour de grève le 3 mai. Les 400 personnes, salarié e s, étudiant e s, lycéen ne s, chômeur e s et précaires présent e s devant la permanence de la députée Catherine Lemorton , puis au Conseil Départemental, savaient que cette initiative non seulement s’inscrit dans un mouvement long de mobilisation mais aussi qu’elle prendra de l’ampleur au mois de mai, particulièrement au moment de la mobilisation des routiers et des cheminots. A ce moment-là, seulement, sera venu le temps de juger de la force du mouvement

Quant à l’occupation puis l’évacuation du Macdo, La Dépêche a probablement réagit trop vite accusant et rendant Nuits Debout responsable des dégradations qui ont eu lieu dans cet établissement. Une vidéo, qui a largement circulé sur les réseaux sociaux, montre effectivement que la porte de ce dernier a bien été fracassée par la police. Aujourd’hui, tout se sait, tout se voit, tout se filme !lire ici

Ainsi peut-être pour corriger le tir, La Dépêche produit le jeudi 5 mai un nouvel article intitulé : « Nuits Debout : mais que veulent-ils ? ». Le ton est plus mesuré et les dégradations sont signalées sans qu’elles soient imputées à Nuits Debout. Dans un même temps, l’article signale l’absence de « dérapages » à Toulouse suivie d’une « analyse » d’un responsable de la police : « Le risque est toujours présent », juge un officier du Renseignement territorial. Pour lui, Nuits Debout serait principalement animé par une ultra-gauche « classique », des militants à la fois « logisticiens » et « tacticiens » du mouvement. ». Passons.…lire ici
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Cet article est accompagné du point de vue de l’interview Jean-Michel Ducomte,http://the-dissident.eu/6387/jean-michel-ducomte-education-nationale-produit-des-agents-economiques-plutot-que-des-citoyens/ universitaire et politologue toulousainlire ici] article intitulé : « La poursuite de l’histoire rebelle de Toulouse ».lire ici

Jean-Michel Ducomte rappelle, en préalable, les racines historiques pouvant expliquer la situation actuelle : « la poursuite de l’histoire rebelle de la ville, qui s’inscrit à la fois dans la volonté de s’opposer à la capitale et dans les immigrations successives, notamment espagnole, qui ont fortement marqué la société toulousaine. Et ce, avec une forte connotation politique. ». Les lecteurs assidus de La Dépêche connaissent cette analyse, maintes fois répétées au détour de la plupart des conflits sociaux de 1995, 2003, 2006, 2010 et maintenant 2016.

Ces arguments, nous les entendons et, nous les avons-nous mêmes développés dans le passé ; mais en 2016, ils datent. Comment peut-on faire un lien entre la jeunesse, les salarié e s de 2016 et l’immigration espagnole de 1938-39 ? Les jeunes espagnols, très nombreux à Toulouse, à la recherche d’un travail, ne perpétuent en rien l’histoire de leurs aîné-e-s. En outre cette démonstration perd de la consistance quand Ducomte justifie son raisonnement par la permanence de la CNT, principalement implantée à Toulouse. La CNT est bien présente à Toulouse et elle représente, sans aucun doute, un courant de pensées. En revanche elle demeure très petite et ne joue pas un rôle significatif dans la vie sociale toulousaine.

Nous ne sommes pas des politologues, mais de simples militant e s attentifs à la vie de la cité et des organisations qui agissent en son sein. Les « années fastes » dont parle Ducomte sont probablement derrière nous et le bouillon de culture dont il est question dans ses propos ne « bouillonne » plus ou presque plus. D’abord, la ville a changé : c’est une métropole et plus un grand village. Ensuite, les défaites accumulées depuis 2003 pèsent sur la vie militante et syndicale tout particulièrement. L’alternative politique au social libéralisme prend du temps pour émerger… Les grévistes sont moins nombreux, les manifestations plus petites et sur le terrain sociétal, associations et collectifs unitaires traversent une passe difficile. Ceux et celles qui ne votent plus le dimanche, ne font pas grève pour autant le mardi ou le jeudi.

Le tableau est sombre, pour autant des collectifs de militant e s font avancer contre vents et marées des causes importantes, comme le refus du TAFTA et du CETA , l’opposition au barrage du Testet…les GPII les grands projets inutiles et imposés. Ce sont bien les syndicats CGT,FSU, Solidaires qui ont pris la tête de la manifestation au lendemain des attentats contre Charlie Hebdo et non les autorités politiques et religieuses. Ce sont bien les mêmes syndicats avec la LDH, la Fondation Copernic et l’ UPT qui ont organisé le 21 novembre une manifestation contre les attentats à Paris, la seule de cette ampleur 15 000 personnes… Voilà quelques années, la CGT 31, qui avait bien perçu cette situation, avait proposé de mettre en place un cadre de travail commun entre syndicats, associations, partis, chacun gardant ses fonctions propres, pour essayer de sortir de cette mauvaise passe. Un front social et politique en quelque sorte. Pour diverses raisons, ce cadre de travail n’est pas allé plus loin que quelques manifestations et des conférences.

La mobilisation en cours est d’une importance capitale pour tout le mouvement social. Une victoire contre la loi El Khomri pourrait résoudre bien des problèmes. Parce que des forces sont en mouvement, la confrontation des idées est de retour et il y a obligation de trouver des solutions, des alternatives aux problèmes que nous rencontrons depuis 1995, comme, la reconduction de la grève par exemple.

La construction d’une alternative politique est plus que jamais posée.

Comme le dit Pierre Rimbert dan son articlelire ici « Contester sans modération » du monde diplomatique de mai "La modération a perdu ses vertus stratégiques. Etre raisonnable, rationnel, c’est être radical »


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