La grève des cheminots qui vient !

lundi 5 mars 2018
par  Marsanay
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Depuis la publication du rapport Spinetta, commentaires, articles de la presse écrite, émissions de radio et TV, relayés par la toile, se sont succédés. L’essentiel de ce qui s’y raconte n’est pas bon car, comme d’habitude, la plus part des médias ne jouent pas leur rôle d’information. Ils prennent position, apportent leur soutien et renchérissent sur la nécessité d’en finir avec… le statut des cheminots ! Mais pas d’en finir avec les pannes, les retards, la vétusté des matériels…

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Nous avons choisi quelques articles qui nous semblaient utiles pour comprendre ce qui se préparait (Voir en fin de texte - On peut nous signaler des articles qui nous auraient échappé).
Cependant, deux articles ont particulièrement attiré notre attention : celui de Martine Orange, publié par Médiapart : « En brandissant leur statut, Macron tend un piège aux cheminots » ; et celui de Razmig Keucheyan, publié par le Monde Diplomatique : « Ce que la bataille culturelle n’est pas ». Le lien nous paraît évident entre la bataille sociale, celle que vont décider les cheminotset la bataille idéologique, culturelle précise Keucheyan, pour que la grève des cheminots obtienne le soutien de la majorité de la population

« Je ne peux pas avoir d’un côté des agriculteurs qui n’ont pas de retraite et, de l’autre, avoir un statut cheminot et ne pas le changer ». Ainsi s’est exprimé Macron au salon de l’agriculture. Ce faisant, il a donné le tempo de la bataille idéologique qui s’engage. Les dérapages verbaux, constatés par ailleurs, s’accompagnent maintenant de la volonté de battre une « corporation », fortement syndicalisée, avec un pouvoir de blocage indiscutable… Il y a du Reagan (avec la grève des aiguilleurs du ciel) et du Thatcher (avec celle des mineurs) dans cette posture. Et peut être sous-estimons nous jusqu’ou Macron est prêt à aller dans l’affrontement.Il y a enfin, dans l’utilisation systématique du mot otages pour désigner ceux et celles qui ne pourront pas prendre le train durant le temps du conflit, la volonté d’assimiler les grévistes à des terroristes. En voilà une autre bataille,sémantique celle là, à mener pour ôter ce mot de la bouche de bien des commentateurs et autres éditorialistes, de celle de ceux qui veulent en découdre avec les cheminots.
Lire l’excellent argumentaire de la CGTlire ici

S’il revient aux cheminot.es de décider du principe de la grève, de sa forme, de sa longueur et s’il revient aux autres secteurs de profiter de cette brèche pour s’y engouffrer, nous aurions tort de délaisser la bataille culturelle.

Le sondage faisant état d’une majorité de français d’accord pour mettre un terme au statut des cheminot est aussi extravagant que ceux qui laissent entendre que + de 60% de la jeunesse est prête à se révolterou bien que la majorité de la population soutient les luttes sociales…Cela n’a pas de sens mais ça existe ; et c’est répété en boucle tous les jours. Les voix syndicales qui rappellent que le statut des cheminots n’a rien à voir avec la situation économique et financière de la SNCF, ne suffisent pas. Il faudra autre chose, une autre bataille. Et son enjeu est simple : gagner autour de la grève des cheminots la bataille idéologique sur le service public du rail et de l’aménagement du territoire ; et se battre pourquele statut des cheminots, dont le poids économique est négligeable au demeurant dans l’état financier du rail français, ne soit pas le point de fixation autour duquel vont se focaliser les débats

Dans son article, Keucheyan revisite des idées reçues, revient sur quelques interprétations sur l’après mai 68 (et le soi disant âge d’or de la gauche) et sur des lectures approximatives des textes de Gramsci.Dans ce cadre, il fait référence à une formule qui nous avait, en son temps, particulièrement « choqués » : « Nous sommes 99%, ils sont 1% »comme le disaient les « occupants de Wall Street ».Comparable à un slogan publicitaire (et donc percutant comme il se doit), la formule s’avère fausse quant il s’agit d’être un tant soit peu sérieux. Tout le monde sait que des grèves à 99%, ça n’existe pas, que des mobilisations d’une ville ou d’un quartier à99%, ça n’existe pas non plus. De plus, cette formule des 99% face au 1% s’est souvent enrichie d’arguments sociologiques, exacts par ailleurs,montrant que les salariés étaient numériquement majoritaires dans ce pays (Filoche, dans son genre, l’a beaucoup répété). Mais cela ne suffit pas à faire 99% ; et le bloc majoritaire de salariés n’est pas un bloc hégémonique. De plus, il ne faut jamais oublier que parmi les ouvriers et les employés, il y a une fraction non négligeable, de 25% à 30%, qui votent, et ceci depuis très longtemps, a droite, qui sont hostiles aux syndicats, qui sont pour « l’ordre et la sécurité »...

R. Keucheyan termine son article par la victoire des salarié.es d’Onet, entreprise de nettoyage sous traitante de la SNCF. Après 45 jours de grève, les salarié.es ont obtenu satisfaction sur l’essentiel. Pourtant ces salarié.es cumulaient beaucoup de « handicaps » :issu.es d’une immigration récente, en position de sous traitance…et un faible impact de la grève dans cette activité de nettoyage, surtout en comparaison avec les cheminots dont la grève peut bloquer l’ensemble du service public. Notons tout de même le soutien important des syndicats de cheminots à ce conflit. La comparaison est intéressante car la grève des salarié.es du nettoyage avait besoin, bien sûr, de la détermination des grévistes et d’une solidarité sans faille autour d’eux pourgérer le quotidien, manger, payer les factures… mais aussi du travail de juristes, de moyens pour populariser la lutte. La propagation très rapide de la bonne nouvelle que constitue cette lutte victorieuse est très parlante et nous sommes là au cœur de la lutte des classes et du constat que faisait déjà Gramsci ; à savoir que le syndicaliste est souvent en première ligne sur le « front culturel ».

La grève des cheminots met à l’ordre du jour un autre débat : celui de construire (tache qui en temps ordinaire est dévolue à un parti) autour de la lutte et de ses valeurs(le service public, les droits des travailleurs…) « un bloc social élargi en éveillant la conscience de classe ».

Cette question du bloc social et des alliances, nous l’avons débattue avec Stefano Palombarini et, dans une moindre mesure, avec Christophe Aguiton lors du cycle automnal de l’Université Populaire de Toulouse co-organisé avec la fondation Copernic. Il est hasardeux de définir des catégories sociales comme partie prenante d’un bloc social car nous savons que, depuis le milieu des années 70, la question de l’Europe a fracturé les classes populaires mais aussi les organisations syndicales comme politiques. C’est donc plutôt le contenu d’un programme de réponses concrètes à des questions essentielles (des mesures transitoires aurions-nous dit à une autre époque) qui va agréger, cristalliser un bloc social ayant vocation à devenir dominant.

Quoiqu’il en soit, deux choses sont totalement liées : la nécessité d’une lutte forte (et victorieuse) des cheminots et celle d’une bataille « culturelle » acharnée pour tuer les arguments de ceux qui veulent en finir avec le service public et les droits des salariés. Pour gagner, les cheminots doivent gagner la bataille de l’opinion publique. Etcelle-ci nous concerne tous.
Blog Médiapart : Pourquoi le gouvernement veut se faire les cheminots
Marianne : Qand les Médias joue la revanche sociale]
Télérama : les éditorialistes et la SNCF]
Marianne : retraite des cheminots
Marianne : privatisation du train


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