La mine de Salau, Ariège, petit historique

mardi 8 mars 2016
par  Marsanay
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La mine de Salau, en Ariège dans le Couseran a fermè en 1986.
Plutôt que faire du plagiat nous diffusons un long extrait historique de la mine de Salau repris sur le site patrimoine seixois qui s’intitule SALAU. Enquête sur le carreau de la mine, le lien est ci-dessous. Site extrêmement documenté ,photos et documents à l’appui que l’on peut voir à l’espace muséal à Salau entièrement dédié à la mine et aux mineurs.
D’autres liens à découvrir notamment la lettre d’Annie Thébaud Mony au rédacteur de la dépêche, à la préfète , des articles, sur reporterre d’ Eloise Lebourg , l’interview de Mr Henri Richl, le maire de Couflens-Salau sur le projet de réouverture de la mine d’Anglade… le bulletin municipal de décembre 2015 de Couflens etc....et ce n’est pas exhaustif ! Bonne lecture et au 18 avril à la Bourse du Travail avec Annie Thébaud Mony et d’autres invités ......puis le 19 avril à Utopia Toulouse projection Les Sentinelles de Pierre Pézerat

SALAU. Enquête sur le carreau de la mine
Niché en fond de vallée, le hameau de Salau, dernier hameau dans la haute vallée du Salat, est un lieu exceptionnel au niveau de la dynamique paysagère : s’il peut apparaître comme un véritable coin de paradis au vu de la simple majesté des montagnes qui l’entourent, il peut aussi être perçu comme un véritable enfer ! Ce hameau demeure en effet, aujourd’hui encore, l’un des grands « sites catastrophiques » de l’Ariège.
Une série de drames majeurs ont ponctué l’histoire du village au cours du siècle, dont deux crues particulièrement dévastatrices,l’une en octobre 1937 (23 maisons détruites et un mort), l’autre en novembre 1982 avec la destruction d’une partie des maisons d’habitation et de l’église romane du XIIe siècle, littéralement coupée en deux et heureusement, depuis, reconstruite à l’identique.

L’église romane de Salau avait probablement résisté à de nombreuses crues violentes avant le XX° siècle dont celle de 1801 qui avait fait 29 morts, mais la répétition en 50 ans de deux événements majeurs telle qu’elle s’est produite au XXe s. (1937 et 1982) reste exceptionnelle.
La crue d’octobre 1937 paraît être la première à l’avoir touchée (destruction du cimetière) ; en novembre 1982, le tourbillon provoqué par les piles de la passerelle fut la cause de l’affouillement qui a provoqué l’effondrement de l’église.
Dans les années 1950, aucune trace de la crue de 1937 n’était déjà plus visible. Mais en 1982, une seconde crue dévaste le village…
Ces deux crues, celle des 7-8 novembre 1982 comme celle des 25-29 octobre 1937, sont venues d’un petit affluent du Salat qui dévale du cirque d’Anglade, le Cougnets.
En 1982, l’engravement semble avoir été plus important, et des travaux de protection ont été réalisés à partir de 1984 pour endiguer le ruisseau sur le grand cône de déjection qui s’était créé les 7-8 novembre.

… les flots s’accumulent contre le pont qui traverse le torrent à hauteur de l’église. À la tombée de la nuit, la pile du pont s’incline et finit par obstruer le lit du torrent, dont les eaux sont alors déviées vers l’église : le chœur et la nef vont s’effondrer durant la nuit ainsi que la moitié du cimetière situé à quelques mètres. Le jour révèle un vrai désastre, la moitié du village a également été dévastée.
Pendant de nombreux jours, les habitants, furent ravitaillés par des hélicoptères l’entrée et la sortie au village étant inaccessible. Salau était à cette époque habité par une population nombreuse : des logements HLM avaient été construits pour abriter les ouvriers de la mine toute proche.

Salau, un village modelé par son activité économique

Passage obligé vers le Port du même nom situé, lui, à quelques 2087 m d’altitude, le hameau a connu autrefois une intense activité économique.
Dans un premier temps, de 1905 à 1922, cette activité est liée à l’exploitation forestière de la forêt de Bonabé – le village comptait alors 377 habitants ! – Cette période de prospérité le transforme : installation du télégraphe et d’une recette auxiliaire, construction de la centrale électrique – Salau sera l’un des premiers villages électrifié ! -, mais aussi construction d’une route reliant Salau à Seix

Les traces de l’exploitation de la forêt de Bonabé, en Espagne, pour la pâte à papier jusqu’en 1922 sont visibles sur la photo où l’on voit les grands bâtiments de la station d’arrivée du câble et de la râperie de bois.

Le village s’enorgueillit bientôt de la construction de quelques belles demeures bourgeoises permettant de loger les cadres. La vie du groupe scolaire, bâti en 1910, bat son plein puisque 80 enfants le fréquentent !
Cette activité économique va connaître un nouvel essor de 1971 à 1986 grâce à l’exploitation de la richesse d’un sous sol riche en tungstène.
En 1968, la SMA (Société des mines d’Anglade) décide de l’exploitation du tungstène. Il s’en suivra là encore une modification architecturale du village : la construction d’une cité HLM permettra le logement des mineurs et sera assortie de la construction de gros châlets pour les cadres.

L’exploitation de la mine de tungstène d’Anglade a de son côté repeuplé le village et entraîné la construction de HLM pour les mineurs sur le plateau où se trouvait la râperie.
L’élargissement de la route qui relie Salau à Seix permettra désormais une communication plus aisée avec la vallée. En 1976, 54 enfants sont scolarisés en primaire et on ouvre à Salau une classe de maternelle.
Bien que le carreau de la mine, situé au pied du cirque d’Anglade, ait aujourd’hui laissé la végétation reprendre ses droits, bien que ce lieu soit devenu étrangement silencieux après avoir connu le vacarme assourdissant du travail de la mine, et justement, parce qu’il continue de porter l’empreinte du travail ouvrier et la mémoire collective, Marie-Paule Villard et Brigitte Gaston-Lagorre se sont intéressées au sujet !
Découverte du tungstène et de la richesse du sous-sol
Le minerai de tungstène
Le nom de ce minerai provient des mots suédois « tung » (lourd) et « sten » (pierre) qui qualifient un minerai, la tungsténite appelée par la suite scheelite.

En 1779, Peter Woulfe, minéralogiste, examine un minerai dont on sait maintenant que c’était la wolframite. Il conclut après examen que ce minerai est susceptible de contenir un nouvel élément. Deux ans plus tard, en 1781, Carl Wilhelm Scheele prépare l’acide tungstique : il suggère qu’il doit être possible d’obtenir un nouveau métal en réduisant cet acide. En 1783 les frères José et Fausto Elhuyar, chimistes espagnols, redécouvrent l’acide tungstique et obtiennent le tungstène par réduction par le charbon.

C’est donc à eux que l’on attribue la découverte du métal.

De couleur gris à blanc cassé, le tungstène forme une couche d’oxyde protectrice lorsqu’il est exposé à l’air. Facile à travailler lorsqu’il est pur (99,99 %), impur il est cassant. Il a un très haut point de fusion, 3 422 °C, et la résistance à la traction la plus élevée de tous les métaux au-delà de 1 650 °C. Il est enfin assez bon conducteur de la chaleur et de l’électricité. Son faible coefficient de dilatation, proche de celui du verre, le fait utiliser pour les jonctions verre-métal. De très haute densité, il fait partie des métaux les plus denses, presque deux fois plus dense que le plomb.

Utilisation du tungstène

La plus connue d’entre elle, liée à la dureté des alliages, débouche sur la fabrication des pièces d’usure et outils à grande vitesse. Le tungstène est utilisé dans la fabrication des outils de coupe, les pastilles en « carbure » pour le tournage, le fraisage, les forets des perceuses… Près de 40 % de la production sont consommés pour ces applications mécaniques (industrie de l’armement, de l’aéronautique). Mais sa dureté est aussi mise à l’épreuve par la petite bille du stylo, quasiment inusable !
Une seconde uti­li­sa­tion, désormais obsolète fut celle des fila­ments des ampou­les électriques. C’est après 1885 que se déve­lop­pent indus­triel­le­ment les ampou­les électriques à fila­ment de car­bone puis à fila­ment de tungs­tène après 1909. En effet on peut attein­dre la tem­pé­ra­ture de 2 400 °C sur ce fila­ment qui reste solide et rigide sans trop s’évaporer.

Pour dépla­cer le rayon­ne­ment vers la lumière blan­che, il faut encore monter la tem­pé­ra­ture, et, pour éviter l’évaporation du tungs­tène et le noir­cis­se­ment de l’ampoule on ajoute dans l’ampoule un gaz inerte : le kryp­ton ou l’argon . Pour élever encore la tem­pé­ra­ture, on y ajoute un halo­gène comme l’iode qui réagit avec les atomes de tungs­tène vapo­risé. Mais le verre de l’ampoule doit être chan­gée pour du quartz. Ces ampou­les à fila­ment incan­des­cent ont un ren­de­ment lumi­neux peu extra­or­di­naire. Elles sont maintenant rem­pla­cées par les lampes à déchar­ges, notam­ment les ampoules dites à basse consom­ma­tion qui ont un meilleur ren­de­ment et une durée de vie plus longue.

La mine de tungstène de Salau

En 1960, à Salau, les travaux de prospection conduits par Bernard PASSAQUI, géologue du BRGM aboutissent très rapidement à la découverte des premiers indices de skarn minéralisés en scheelite.

C’est Marcel SUTRA, montagnard et minéralogiste amateur, qui accompagne la première fois Bernard Passaqui dans la région du cirque d’Anglade. Il était logique que la scheelite puisse se trouver en auréole du massif granitique du Pic de la Fourque. Les campagnes de recherche commencent donc en 1960 : une carte géologique de détail assortie d’une prospection au marteau et de décapages permet de cerner le contour du gisement et de juger de sa teneur. La prospection a lieu de nuit afin que la lampe aux rayons ultra-violets colore en mauve les petits points blancs de scheelite sur la pyrrhotite.

Henri TRABANT rapporte que le fils de Marcel Sutra lui a dit que la campagne de 1960 avait été consacrée à la reconnaissance du gisement, puis à la création d’un sentier pour accéder au ravin de la Fourque à travers le bois d’Anglade et que le travail avait été rude au vu de l’épaisseur des fourrés qu’il fallait déblayer !
En juin 1961, une seconde campagne de prospection est lancée sous la direction de Bernard PASSAQUI et de J. APOLINARSKI comme chef-mineur.
Quatre jeunes gens travaillent sous leurs ordres : DELORT, GAITO, BEGUIN et Henri TABARANT. Les quatre jeunes construisent un campement à l’entrée du cirque d’Anglade ainsi que les plateformes destinées à recevoir les sondeuses.
Le campement est rustique voire rudimentaire :

« … Une grande tente Marabout et des couchettes constituées de quatre fourches plantées en terre, deux barres en bois et un tressage de branches de hêtres et de feuilles entrelacées ….c’est l’aventure dans une région inexplorée à la recherche de problématiques filons qui, plus tard, seront arrachés à cette montagne sauvage mais commbien attachante » (Henri Tabarant, La mine moderne de tugstène de Salau)

Les plateformes ont, elles, une surface de 25 m2 ou 5m x 5m ; elles sont accrochées au flanc de la montagne sur une pente de 60 degrés. Au dire d’Henri Tabarant, cela représente une véritable acrobatie !
La paroi rocheuse est perforée au marteau COBRA et l’explosif joue un rôle primordial car la roche (granitique !) est très dure !
Dans son petit ouvrage, Henri Tabarant conte que l’aventure fut périlleuse, émaillée de moult événements imprévisibles dont certains leur valurent de belles émotions ! Ainsi, à 1900m d’altitude, en pleine nuit, il se souvient qu’ une tente fut arrachée par un vent extrêmement violent et que tout le matériel fut emporté dans le ravin…Il se remémore également une descente épique, à minuit en direction du camp de base, avec un éclairage de fortune, le tout à la limite de ravins à pic, aventure dont il a gardé un souvenir intact !

En 1962, un bungalow métallique de chantier est installé et l’équipe s’enrichit d’un cuisinier, BURGOS.
Les recherches de tungstène attirent l’attention de bon nombre de pays européens et des étudiants géologues viennent désormais en visite sur le chantier. 23 sondages seront réalisés. De nouveaux géologues viennent collaborer avec l’équipe en place, Mrs COSTARGENT et GONTIER. Les sondages sont en effet prometteurs.

En 1964, la nouvelle campagne débute par la venue de compresseurs électriques. La prospection cède la place aux travaux miniers. Des sondages verticaux se font au-dessus du bois d’Anglade et la galerie à niveau est ouverte à la base du bois d’Anglade, au-dessous du niveau du cirque. « Une campagne de géophysique (test de résistivité, magnétisme, mise à la masse) permet de doubler en possible le tonnage reconnu en probable » (H. Tabarant, op.cit.)

L’effectif est alors de 40 personnes et de 10 mulets.

De 1964 à 1967, 410 mètres de galeries sont creusés, et les carottages se multiplient, plus de 2000 analyses sont réalisées…
C’est l’ensemble de ces travaux conduits par les ingénieurs du BRGM qui ont permis de définir le contour du gisement et d’en démontrer l’exploitabilité.

Georges SUTRA témoigne :
« Nous forions des sondages percutants à 90 degrès par rapport à la galerie jusqu’à 60 à 80 mètres et nous récupérions les boues tous les mètres. Ces boues étaient séchées, classées et étiquettées et partaient au laboratoire de Salbris »…

En 1967, la décision est prise !
La SMA, Société minière d’Anglade, est constituée en octobre 1967 pour exploiter un gisement de scheelite. L’exploitation débutera fin 70. La production démarre, elle, en avril 1971.

Les mineurs
Venus du Nord, de l’est de la France (Lorraine), de Normandie mais aussi du Maroc, les mineurs vont faire renaître démographiquement la région en s’installant soit dans la cité HLM spécialement construite à leur intention , soit dans la vallée, à Couflens, à Seix ou dans les environs immédiats. La Société minière d’Anglade a construit au village de Salau 68 appartements et 8 châlets, elle a contribué à cette époque à la construction de 3 relais de télévision et fait travailler 150 personnes.
Au quotidien les mineurs vivent dans l’enfer du souterrain : dur labeur que le leur puisqu’ils sont en quasi permanence exposés au bruit, aux fumées, à la poussière…

L’exploitation est progressive.

Entre 1967 et 1970, la SMA a construit 4km500 de route, 3 km de lignes électriques.Une excavation en granit de quelques 16000 m3 a été nécessaire pour préserver la laverie des rigueurs de l’hiver à cette altitude. Deux puits ont été creusés : l’un de90mètres, vertical, l’autre incliné de 110 mètres.
Au fur et à mesure, 20 km de galeries seront creusés dans la roche.
En 1976, grâce au filon Véronique les réserves étaient de 6500 tonnes d’oxyde de tungstène contenues dans 350 000 tonnes de minerai situées entre les côtes 1320 et 1520 mètres.
En 1985 de nouveaux indices prometteurs sont trouvés à la côte 1780 m. Ces résultats portent à 1 million de tonnes de minerai et à 15 000 tonnes d’oxyde de tungstène le potentiel géologique prouvé !
Mais l’exploi­ta­tion débutée à Salau en 1971 cessera en 1986 avec la fer­me­ture de la mine de Salau, après une pro­duc­tion record de 1 400 t.
Comme une prémonition de ce qui se passe actuellement avec la mondialisation, la crise qui a touché alors toutes les pro­duc­tions est due dans les années 80 – 90 à la mise sur le marché de concen­trés chi­nois à prix cassés.
Quand la Société des Mines d’Anglade (S.M.A) arrête son exploitation en 1986, c’’est la consternation dans la vallée : 130 mineurs se retrouvent au chômage, les ouvriers de Salau quittent la cité HLM, très peu de reconversions leur sont offertes et le village se désertifie.
Salau ne connaîtra plus désormais que des activités rurales.

Des travaux de dépollution et de mise en sécurité sont entrepris en 1997 malgré cela ici et là restent encore des traces de l’ancienne exploitation…

http://patrimoine-seixois.fr/salau-...http://www.radiocouserans.com/edition-speciale-mines-danglade-a-salau-1/]

La réouverture de la mine de Salau est écologiquement et humainement inenvisageable.
Article rédigé en partenariat avec l’association "Couflens-Salau demain"
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