Entretien avec Patrick Mignard

mardi 4 novembre 2014
par  Universite Populaire Toulouse
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L’Université Populaire de Toulouse invite Patrick Mignard le mercredi 12 novembre à 20h30 au Bijou, pour une conférence-débat autour du thème de " la Désindustrialisation".

1 - Quand peut on dater le début de la désindustrialisation de la France ? Quels sont les secteurs de l’économie qui ont "inauguré" cette longue mutation.

Le phénomène est lié à la généralisation de la mondialisation du capital - années 70
Les premiers secteurs : l’électo-ménager (Moulinex), le textile, puis tout ce qui est lié à l’énergie d’après guerre (charbon)....

2 - En lisant ici et là des textes sur cette question, on a l’impression
que tous les pays de l’ OCDE sont touchés, mais que la
désindustrialisation est allé plus vite en France. Est-ce une réalité ? Si
oui comment faut il le comprendre ?

Oui, tous les pays de l’OCDE sont touchés , à différents degrés et plus ou moins brutalement... l’Angleterre avec l’ère Thatcher a été rapidement et brutalement touchée avec des reconversions rapides et un effondrement de la condition salariale. En France processus plus long avec forte opposition syndicale qui correspondait d’ailleurs avec la Gauche au pouvoir. L’Allemagne a profité d’une avance technologique qui a ralenti le processus, accompagné par une logique syndicale plus consensuelle.
La logique de désindustrialisation est identique partout - logique du capital,... mais se décline différemment en fonction de la culture, de l’histoire, des logiques politiques locales.


3 - Qu’est ce que la désindustrialisation d’un pays ? Des fermetures
d’usines ? La fin d’un savoir faire ? Est ce que le progrès technique
favorise la désindustrialisation ?

La désindustrialisation c’est le fait de perdre ce qui constituait à la fois le cœur industriel de l’économie nationale (industrie lourde, énergie) et des secteurs importants qui fournissaient l’essentiel des biens de consommation.
Oui, des fermetures d’usine, parce qu’on produit moins cher ailleurs.
Oui, forcément, la fin d’un savoir faire, car la pratique n’existe plus et finit par se perdre.Cela dit on assiste à un glissement du savoir faire ... on développe, en Europe, la conception et on délocalise la production... exemple AIRBUS, qui se résume souvent, à terme par un transfert de technologie.... ce qui amplifie la désindustrialisation. On privilégie le cout terme en sacrifiant le long terme,... ce qui est bien dans la logique du capital.

4 - Aux dégâts sociaux occasionnés par la fermeture d’usines, chômage,
pauvreté...s’ajoute le déclin du PCF dans les usines et des syndicats
principalement la CGT. On a en mémoire la sidérurgie, Longwy en
1999...et au bout la défaite. Avec du recul comment comprendre et
expliquer l’ampleur de ces défaites, Longwy, puis la navale...qui ont
conduit à la fin du PCF comme force dominante à gauche et de la CGT
aujourd’hui talonnée par la CFDT ?

Le démantèlement du cœur industriel français, dont la sidérurgie et les mines, entre autres, étaient le symbole, a porté atteinte à la fois au parti politique (le PCF) qui avait élaboré sa stratégie sur ces secteurs et à la CGT qui en était le relais dans le monde ouvrier. La position dure d’affrontement de classe contre classe - qui fondait la stratégie de la CGT - a été émoussée... d’où un glissement vers le réformisme... attitude qui se renforce du fait de la dégradation du rapport de force à l’avantage du patronat.

5 - A un moment donné le PCF ( années 80) a développé le mot d’ordre
"Fabriquons français", combattu à sa gauche au non de
l’internationalisme. Si ce mot d’ordre n’est plus d’actualité, l’idée
d’un certain protectionnisme revient à la mode Est ce que le
protectionnisme est une réponse à la désindustrialisation ?

Non,... on ne peut pas poser le problème en ces termes. Le protectionnisme classique et strict serait une catastrophe dans une économie mondialisée telle qu’elle est aujourd’hui. Par contre une stratégie de développement du local est indispensable - elle est d’ailleurs déjà en cours - pour recréer un nouveau lien social, de nouvelles solidarités... le développement de l’esprit coopératif, les circuits courts, ventes directes, les monnaies locales,... en sont les réalisations les plus significatives. Il faut étendre cette dynamique à de plus en plus de secteurs.

6 - Quelle est la responsabilité l Europe dans la désindustrialisation,
dumping social, circulation des capitaux ?

La responsabilité de l’Europe est écrasante dans cette affaire pour ne raison simple, elle a institutionnalisée la mondialisation du capital. Au lieu d’être un frein à la destruction du lien économique et social dans les pays européen, elle a libéralisé le marché,... y compris les marchés financiers !

7 - La fermeture d’usine délocalisées vers des pays à bas coûts semblent
privilégiées semblent prioriser une économie de services au détriment
d’une économie de production . Est ce un choix politique ?

Pas à proprement parler, la délocalisation de la production est dans la logique du capital de faire produire "là où c’est le moins couteux" d’où un glissement en Europe vers les services,... encore que certains (les banques, la gestion,...) sont largement délocalisés eux aussi. Certains services sont quant à eux non délocalisables,... ils restent donc dans le pays. Le politique entérine en fait cette logique... et on peut dire, d’une certaine manière que c’est in fine un choix politique.

8 - Y a t’il une substitution à la désindustrialisation avec le
développement de l’écologie, énergie renouvelable , mise aux normes des
bâtiments...?


Oui ! Il est vrai que le développement de certains secteurs, comme l’écologie, énergies renouvelables, sont des opportunités de développement économiques, de créations d’emplois,... encore que, là aussi, on assiste à des délocalisations de la production (exemple les panneaux solaires fabriqués massivement en Chine). Même dans ces secteurs, rien n’est définitivement acquis en l’absence d’une dynamique nouvelle de développement local fondée sur une volonté citoyenne de créer d’autres rapports sociaux.