Cinéma-débat : " Italie, les années de plomb "

mardi 22 janvier 2013
par  Universite Populaire Toulouse
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ITALIE, LES ANNÉES DE PLOMB : lundi 11 février à 20h à UTOPIA Toulouse, projection unique suivie d’un débat avec Philippe Foro, Maître de conférences, directeur du département d’Histoire à l’Université du Mirail, spécialiste de l’histoire italienne contemporaine. Soirée organisée avec l’Université Populaire de Toulouse (achetez vos places à partir du 31/01).

PIAZZA FONTANA

Marco Tullio GIORDANA - Italie 2012 2h VOSTF - avec Valerio Mastandrea, Pierfrancesco Favino, Michela Cescon, Laura Chiatti... Scénario de Marto Tullio Giordana, Sandro Petraglia et Stefano Rulli.

C’est un voyage fascinant et inquiétant dans les zones grises de l’histoire récente, dans un monde où la démocratie pactisa avec le fascisme, dans un monde où les méchants et les terroristes n’étaient pas forcément ceux que l’on désignait à la vindicte populaire, dans un monde où la peur servait à gouverner. Retour en 1969 en Italie, au début de ce que l’on appellera les années de plomb. Nous sommes en pleine guerre froide, alors que la contestation contre l’impérialisme américain, embourbé dans sa guerre au Vietnam, est à son comble. Certains pensent à tort ou à raison que l’Italie, pays a priori neutre et dirigé par un gouvernement démocrate-chrétien plus que bienveillant envers le camp occidental, peut basculer de l’autre côté, dans cette période où le parti communiste est extrêmement fort. Les manifestations spectaculaires se multiplient, en même temps que des attentats, de petite envergure certes mais suffisants pour créer un climat de tension qui incite la droite à demander des lois d’exception. Attentats attribués aux anarchistes, nombreux dans le pays également, l’action directe, après les mouvements de 68, étant une option considérée par certains comme légitime.

Le 12 décembre, un événement fait tout basculer : un attentat à une heure d’affluence à la Banque nationale d’Agriculture fait quatorze victimes innocentes et plusieurs mutilés. L’émotion publique est à son comble. On arrête très vite, sans preuves formelles, Valpreda, un illuminé anarchiste exclu de son groupe pour dérive violente. De nombreuses voix s’élèvent pour demander une répression féroce contre les anarchistes. Mais les funérailles nationales des victimes, dans la cathédrale de Milan, sont dignes, la tyrannie de la peur n’ayant pas fonctionné. Et si Valpreda n’était qu’un bouc émissaire rêvé qui arrangerait tout le monde ?

Le film du réalisateur Marco Tullio Giordana, auteur il n’y a guère du très beau Nos meilleures années, nous entraîne dans le sillage de l’enquête du commissaire Calabresi, flic intègre qui refuse de croire aux solutions trop faciles, contrairement à l’avis de sa hiérarchie. Une enquête durant laquelle il croise et sympathise avec le leader anarchiste pacifiste Pinelli. Et le film, entre thriller politique et récit d’espionnage palpitant, nous fait découvrir un monde où tous les groupes politiques sont infiltrés par des agents provocateurs, où des services secrets du Ministère de la Défense ont des relations pour le moins étranges avec des groupuscules fascistes violents, ceux-là n’ayant pas mis trop de temps à reprendre du service vingt-cinq ans après la fin de la guerre. Un univers où la raison d’Etat est difficilement compatible avec la justice et le respect des libertés individuelles, ce qui s’incarne dans les vaines tentatives de modération du Ministre Aldo Moro (qui sera exécuté en 1978 par les Brigades Rouges).

Le constat est terrible : on assiste, dans pays prétendument démocratique, au verrouillage sans appel d’une enquête impliquant les plus hautes sphères de l’état. Et on ne peut s’empêcher de penser à la manière dont le terrorisme est aujourd’hui instrumentalisé pour justifier l’instauration de régimes policiers et sécuritaires. Et même sans aller jusqu’à ces extrémités, souvenons-nous des pseudo terroristes de Tarnac, poursuivis et incarcérés sur la base de témoignages et de preuves falsifiées qui allaient s’effondrer mois après mois, et qui furent la justification du montage politico-médiatique d’une prétendue mouvance anarcho/autonome terroriste. Passionnant film historique, Piazza Fontana a donc aussi une valeur d’alerte quant au présent. A ce jour, les réels coupables de l’attentat meurtrier du 12 décembre 1969 n’ont jamais été condamnés. Quant à ceux qui auraient permis de les démasquer, ils ont disparu dans des conditions pour le moins suspectes.