"68, c’est un mouvement sans équivalent dans l’histoire de ce pays et qui ne répondait à aucun schéma d’aucune révolution"

jeudi 5 avril 2018
par  Marsanay
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Gilbert Laval est l’invité de l’Université Populaire de Toulouse le 10 avril au Bijou. Il vient de publier aux éditions Cairn : « Le gauchisme flamboyant L’après mai 68 à Toulouse ». Un livre passionnant retraçant l’histoire de l’extrême gauche toulousaine et au-delà d’une partie de la jeunesse toulousaine. Un livre truffé d’anecdotes, certaines prêtent à rire d’autres font froid dans le dos, anecdotes toujours accompagnées d’analyses. Ce livre dont l’histoire racontée a commencé voilà 50 ans nous parle aussi aujourd’hui.
Livres, revues, articles, hors série de nombreux hebdomadaires, émissions de radio...Mai 68 fête ses 50 ans. Tout n’est pas bon dans la célébration. A travers deux questions à Gilbert Laval, nous revenons sur qu’est ce que Mai 68. Le débat n’es pas clôt !


1 Ton livre traite de mai 68 à travers un prisme unique celui « du gauchisme flamboyant ». Le débat rebondit d’anniversaire en anniversaire : est ce que mai 68, n’est qu’une grande secousse de la société française dont la mobilisation de la jeunesse est le signe le plus voyant ou la plus grande grève générale que ce pays ait connue ? Le livre de Ludivine Bantigny tord le cou à quelques idées reçues sur les étudiant e s et les salarié e s, rappelle leurs liens dès l’année 67 dans les conflits comme à Caen et quelques combats communs sur les barricades du quartier latin, selon les fiches de RG. Dans la situation toulousaine, comment se construit le rapport jeunes/ouvriers au-delà de la marche sur la mairie dont on a déjà parlé ?

68 n’est pas qu’une des plus grandes secousses sociales que la jeunesse ait produite. Ce n’est pas non plus qu’une des plus grandes grèves générales que la France ait connu. C’est au moins les deux à la fois
Vous ne vous souvenez peut-être plus et cela en dit déjà long ! Il a suffi, après cinq ans de gouvernement de gauche d’une simple victoire de la droite aux législatives de 1986 pour éclipser le cinquantenaire de Juin-36. Un sommet avait des luttes sociales qui a tout de même inventé les congés payés ! La grève alors très largement mobilisé les ouvriers, mais laissé de marbre le monde des employés et de l’éducation. La société a été secouée, elle n’a pas été paralysée comme cela s’est produit en France avec sept millions de grévistes dans les derniers jours de mai 68 en attendant le retour de De Gaulle de Baden Baden et la dissolution de l’Assemblée.
68 c’est toute une société qui explose avec les ouvriers qui découvrent le pouvoir de dire non aux patrons, les femmes de dire non aux maris, les enfants de dire non à leur père, les prisonniers de dire non aux matons et, dans le dernier étage de la fusée, les soldats de dire non aux gradés. C’est une émancipation générale que juin 36 n’a pas entraîné, où l’affirmation de chacun a semblé devoir l’emporter sur un comportement social qui jusqu’alors s’imposait à tous.
Mais que chacun s’exprime n’implique pas qu’il y ait un discours commun. L’explosion de la parole, la prise de parole tous azimuts n’a pas amené les étudiants à parler le même langage que les ouvriers et vice-versa. A l’exception de quelques cadres de la CFDT, les ouvriers n’ont pas mis les pieds dans les amphis ni les étudiants dans les usines. Rien ne s’est vraiment articulé qui aurait conduit à une analyse puis une lutte commune pour, par exemple, une prise du pouvoir. C’est le mouvement anti-autoritaire qui a prévalu, l’émancipation de chacun, l’émancipation de toutes les minorités, non pas le projet d’une société heureuse pour tous.
68, c’est un mouvement sans équivalent dans l’histoire de ce pays et qui ne répondait à aucun schéma d’aucune révolution. 68, c’était de l’histoire en marche dont personne ne devinait vers quoi elle tendait.

2 -Nous croulons sous les hors-série des journaux celui de L’Obs a attiré notre attention. Particulièrement l’interview d’Edgar Morin. La question est de savoir pourquoi « Malgré cette mobilisation considérable, la révolution a échouée ». En guise de réponse, le sociologue-philosophe indique que, selon lui, la révolution est en réalité un mythe forgé par les trotskystes et les maoistes, lesquels ne voulaient ni en fait ne pouvaient prendre le pouvoir. Il précise encore que « l’ordre est rétabli dès juin mais un processus s’est enclenché qui va bouleverser l’esprit du temps et des sensibilités » !! Indique-t-il. Ainsi les affrontements et les occupations des usines n’ont visé qu’à améliorer la vie et surtout pas à la changer ?

Rappelez-vous l’image et le propos de cette ouvrière des usines Wonder hurlant, une fois signés les accords de Grenelle qu’elle ne reprendra jamais le travail après le mouvement qu’elle venait de vivre. La coupure épistémologique était profonde. Les ouvriers sont repartis usiner, les employés sont retournés travailler et les étudiants étudier. Certes. Mais Morin observe justement qu’ils venaient tous, chacun par leur grève et leur engagement de bouleverser le monde qui ne serait désormais plus jamais le même.
La prise du pouvoir n’était pas à l’ordre du jour. Aucune manifestation à Paris ne s’est arrêtée devant l’Elysées, Matignon ni même l’Assemblée. C’est l’Odéon qui était occupé !A Toulouse, trois mots ont suffi à renvoyer les étudiants hors l’Hôtel de ville du Capitole qu’ils étaient pourtant venus occuper. Ils étaient venus l’occuper, pas le prendre ! C’est le non-choix des armes relevé par le sociologue. Lequel ne résume surtout pas ce mouvement de 68 à un simple désir d’améliorer ses conditions de vie. Les grévistes de 68 ont changé la vie sans savoir qu’ils le faisaient, sans du moins se rendre compte de la portée de leur action.
Je me répète. C’est un puissant désir d’émancipation qui a agi. 68 a fait tomber les murs d’enceinte d’une société faite de contraintes et d’interdits, ouvrant des brèches dans lesquelles se sont engouffrés des groupes ou de simples individus qui ont inventé des élans communs nouveaux.

voir ici
Antoine Artous, souvent cité dans le livre de Gilbert Laval est le responsable
toulousain des JCR. Les réponses fournies par A. Artous sont un compléments utiles au livre de G Laval sur la place de différentes organisations d’extrême gauche.
lire ici
Christine Fauré, MAi 68 à Toulouse : le mouvement du 25 avril.
Lire ici

La musique de l’année 68 janvier à mars.« 


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