LES SENTINELLES documentaire de Pierre Pézerat

mardi 31 octobre 2017
par  Universite Populaire Toulouse
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Ces sentinelles en croisade contre le travail qui tue
Jeudi 16 novembre à 20h00 Ciné Tchache au ciné de Cocagne Jean Marais à Aucamville en présence du réalisateur Pierre Pézerat et de Jean-Marie Birbes président de l’association ADDEVA 81

Le documentaire "Les Sentinelles" donne à entendre la voix des ouvriers qui ont choisi de se battre pour dénoncer les atteintes à la santé dont ils sont victimes au travail. Une lutte faite de rencontres, entre chercheurs, travailleurs et syndicalistes. Presque tous ont croisé Henri Pézerat, ce chimiste spécialiste des cristaux devenu lanceur d’alerte contre l’amiante

Josette Roudaire et Jean-Marie Birbès étaient ouvriers, en contact avec l’amiante. Paul François, agriculteur, a été intoxiqué par un pesticide de Monsanto, le Lasso. Henri Pézerat, chercheur au CNRS, a marqué leurs vies en les aidant à se battre pour que ces crimes industriels ne restent pas impunis… La justice s’est-elle prononcée pour les responsables du grand mensonge de l’amiante ? Que fera-t-elle pour ceux de la catastrophe annoncée des pesticides ?
La neige dont se souvient Josette n’est pas celle que les enfants attendent à Noël. Sa neige à elle ne tombait pas du ciel. Elle saturait impunément l’air de son usine, et de bien d’autres en France à cette époque. Aujourd’hui, voir à l’écran ces images d’archives glace le sang, nous met presque mal à l’aise. Impossible "de voir à un mètre" avec cette neige qui a tué des milliers de personnes… et continue.

Exposée au poison de l’amiante pendant plusieurs années lorsqu’elle travaillait dans l’usine Amisol de Clermont-Ferrand, Josette Roudaire est une guerrière, bien plus qu’une victime. Avec Jean-Marie Birbès, ancien ouvrier d’Eternit, Paul François, agriculteur devenu porte-parole de ses confrères malades des pesticides, la sociologue Annie Thébaud-Mony, ou encore l’avocat François Lafforgue, elle fait partie de ces lanceurs d’alerte qui ont fait le choix de dénoncer des catastrophes sanitaires, héros des "Sentinelles", le film documentaire réalisé par Pierre Pézerat, le fils d’Henri Pézerat.

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"Henri détenait la science, nous, on était la preuve"
Des Côtes d’Armor au Tarn, des Charentes à Paris, ce sont tous des Erin Brockovich à la française. Et tous ont connu Henri Pézerat, ce chercheur, chimiste et toxicologue, qui a largement contribué à faire interdire l’amiante en France. Décédé, il n’apparaît qu’à travers des images d’archive, mais forme bien la colonne vertebrale du film. Parce qu’en plus de donner la parole à ces combattants, "Les Sentinelles" est avant tout l’histoire d’une rencontre entre le milieu ouvrier, syndicaliste, et celui de la recherche. "Il nous a aidés à compter les morts", se souvient Josette Roudaire, avant de résumer : "Henri détenait la science, nous, on était la preuve". Bien sûr, "il a fallu qu’Henri nous apprivoise", raconte la militante, qui ajoute que le chercheur du CNRS, savait se faire comprendre.

Une science compréhensible qui s’opposait aux études qui leur étaient avancées par le CPA (comité permanent amiante), lobby des industriels de l’amiante monté en 1994, ou par les médecins d’entreprise, que Jean-Marie Birbès entend encore lui expliquer dans les années 1980 qu’il n’y a plus de risque sanitaire grâce à l’usage contrôlé de l’amiante, avec la mise en place d’une aspiration dans les usines et l’utilisation d’un procédé humide.

Liens solides
Une science compréhensible qui tort le cou aux accusations de folie, dont ces travailleurs font l’objet. Eux-mêmes finissent parfois par se penser fous, quand la lutte les pousse à bout. Mais la rencontre racontée par "Les Sentinelles" ne s’arrête pas là. La toile d’araignée tissée par Henri Pézerat contre le mensonge et la désinformation fait également se rencontrer ouvriers et agriculteurs petits patrons. Le chercheur était en effet convaincu que le scandale annoncé des pesticides serait bien plus important encore que celui de l’amiante. Certain de la dangerosité du Roundup de Monsanto et des mensonges de la firme, c’est lui qui a poussé le Charentais Paul François à poursuivre l’entreprise américaine. "Que tu sois de la droite ou de la CGT le combat est le même et il faut s’unir !" résume l’agriculteur.

Le documentaire expose un parti pris, il est militant. Les patrons accusés font bien partie des personnages de cette histoire, mais jamais la parole ne leur est donnée. Si les larmes du spectateur empathique sont difficiles à retenir pendant les 90 minutes du film, lorsqu’une veuve se remémore les derniers mois de son mari, qui avait conscience de la dangerosité de l’amiante mais l’affrontait parce qu’ "il fallait bien manger". Ou quand un agriculteur parvenu à faire reconnaître Parkinson comme sa maladie professionnelle, évoque, la gorge nouée, la jalousie de ses confrères. Mais jamais on ne tombe dans le pathos. Les larmes de l’empathique sensible font place à celles du citoyen, ému, lorsque la justice rend son verdict1, et qui ressort de la salle déterminé à avoir l’audace de suivre ces sentinelles.

Après un an et demi de projections, "Les Sentinelles" sort finalement au cinéma le 8 novembre 2017.


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