mardi 31 mars 2020
par  Universite Populaire Toulouse

La résistance en temps de confinement reste à inventer.

Nous voilà donc confinés et contraints d’annuler nos conférences du mois d’avril après celle du 31 mars avec Serge HalimiI. Ces mesures nous rappellent que le néolibéralisme, le capitalisme et la course effrénée aux profits ont engendré le monstre qu’est la pandémie issue de la diffusion planétaire du coronavirus et qu’ils ne savent pas, ou très mal, comment le juguler.

C’est le propre de tous les apprentis-sorcier. Pourquoi se soucieraient-ils de masques, de médicaments, d’hôpitaux performants…quand leur préoccupation première est le profit. D’autres monstres viendront, toujours plus puissants, et qui serviront à purger le système, à éliminer les faibles et beaucoup de pauvres, tous ceux et celles que Macron appelle les fainéants. Certains le disent à voix haute ; et nous ne sommes pas loin des théories nazies que l’excellent livre de Chapoutot : « Libre d’obéir » nous rappelle. 
Le confinement nous indique aussi que nous ne sommes pas égaux dans sa mise en pratique. Il y a une différence entre ceux et celles qui disposent tout simplement d’une petite sortie, d’un jardin et ceux et celles qui vivent dans de grands ensembles, qui n’ont pas tous accès à internet et dont les enfants ne pourront pas suivre les cours. Et il y a ceux et celles qui n’ont rien que la rue !
Nous avons publié beaucoup de textes concernant cette situation qui, pour l’essentiel, proviennent de médias alternatifs car nous ne faisons pas confiance à ceux qui ne sont, en définitive, que les haut-parleurs du gouvernement. Mais nous voudrions insister sur une chose. Nous sommes convaincus que, derrière l’état d’urgence sanitaire, nous allons franchir un cap dans l’autoritarisme du gouvernement qui peut aller jusqu’à une remise ne cause fondamentale des droits et des libertés y compris les droits de grève, de manifester, de critiquer le gouvernement…Il y a deux raisons qui nous font penser cela. Le gouvernement, depuis le début, de la crise a commis tellement d’erreurs (du maintien des municipales jusqu’aux errements dans les décisions qu’il devait prendre - confinement, tests, fabrication massive de masques, etc…) qu’il devra, au sortir de la crise, rendre des comptes et être éventuellement sanctionné. Il n’a rien à craindre du côté de sa majorité mais la plainte déposée contre E. Philippe et A. Buzin représente un risque certain. Le pouvoir ne veut pas être confronté à une situation où il devrait rendre des comptes.
L’autre raison nous est donnée par les patrons d’Airbus. Ces derniers, totalement au fait de la montée en puissance de bataille « honte de prendre l’avion », ne peuvent laisser planer un doute sur leurs intentions : continuer à fabriquer des avions et doubler le trafic comme le souhaitent les compagnies aériennes. Ils ne peuvent pas tolérer que s’instille dans la conscience des gens l’idée que le confinement, parce qu’il réduit considérablement tous les déplacements, fait du bien à la planète. Pour Airbus, c’est clair, on continue comme avant.
Nous ne sommes pas en guerre, il n’y a donc pas de résistant·e·s mais des résistances. Certains ont lancé l’idée qu’il fallait applaudir le personnel soignant le soir à 20h, accrocher partout des banderoles…D’autres n’ont vu là qu’une action de compassion sans lien avec les besoins de l’hôpital et son personnel …Mais peut être qu’une résistance contre le gouvernement prend forme elle commencera sur les balcons et les devant de porte. Oui à la résistance collective, car ceux qui critiquent l’applaudissement, n’ont rien à proposer de mieuxcar nous sommes confinés. Derrière ce vocabulaire radical se cache en réalité ce que Murray Bookchin a parfaitement décrit : « Changer sa vie sans changer le monde ». La résistance en temps de confinement reste à inventer.


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