C’est un fétiche et c’est une jérémiade : « l’union ». Pour quoi faire ? On ne sait pas. L’essentiel est d’être « unis ». Tous ensemble vers le talus — on finira sur le toit mais on sera restés soudés. Le gros bon sens qui tache proteste cependant : « unis, on est plus fort que divisés ; divisés on n’arrivera à rien ». Mais tellement. En matière syndicale, les prodiges de « l’union » sont encore très frais dans nos esprits, et offerts à (ne pas) être médités : c’était en 2023, à l’occasion des retraites. Pas d’erreur, on a été bien unis. Avec la CFDT. La preuve, on n’est pas « arrivés à rien » : puisqu’on a mis des millions de personnes dans la rue pendant deux mois. Pour, à la fin, perdre l’imperdable. Par alignement de « l’union » sur la mollesse politique, l’incompréhension des situations historiques et la nullité stratégique. Tous ensemble — dans la défaite. Attention, pas n’importe laquelle : une défaite triomphale, unanimement célébrée. Par la bourgeoisie – et sa presse, admirative : voilà de la bonne union, celle qui ne nous fera jamais aucun mal.
par Frédéric Lordon, 30 juin 2025 > Les blogs du « Diplo » > La pompe à phynance