Quel syndicalisme pour demain ?

samedi 13 août 2016
par  Marsanay
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Le 20 septembre, l’UPT accueillera Louis Marie Barnier, syndicaliste et chercheur associé au LEST-CNRS-AMU. Il participe au bureau de la Fondation Copernic. Quel syndicalisme pour demain, l’action collective à l’époque néolibérale sera au menu de la conférence. Bien entendu nous débattrons du mouvement social du printemps et de l’été 2016, mobilisation de grande ampleur, qui s’inscrit dans la continuité des mouvements de 1995, 2003, 2010. Le mouvement n’est pas fini, le 29 août à l’appel de la CGT et Solidaires (pour le moment) rassemblement à Colomiers pour accueillir le gouvernement, des ministres seront présents dont le premier d’entre eux, Manuels Valls, le Parti socialiste et les groupes parlementaires de la majorité qui organisent, une journée de travail et de meeting intitulée « l’Essentiel, c’est la République ». Le 15 septembre à l’appel de l’intersyndicale aura lieu une nouvelle journée nationale de manifestation et de grève, contre la loi El Khomi.
Pour se mettre en appétit nous publions ci-dessous une interview de Sophie BEROUD pour l’institut de recherche de la FSU et l’intervention de Sophie BEROUD lors du congrès de Solidaires Finances Publiques à Lorient le jeudi 16 juin sur les enjeux du syndicalisme.

SOPHIE BEROUD "LOI TRAVAIL : ENJEUX ET RÉPERTOIRES D’ACTION"

Le mouvement de contestation contre la « Loi Travail » a mis en avant les inégalités générationnelles face à la précarité. La politiste Sophie Béroud analyse les enjeux de ce projet de loi en termes d’inégalités de genre ainsi que les formes de mobilisation auxquelles la contestation actuelle donne lieu, avec les contradictions des syndicats.
Sophie Béroud est maîtresse de conférences en science politique à l’Université Lyon 2, membre du laboratoire Triangle. Parmi ses articles ou chapitres d’ouvrage les plus récents : « Crise économique et contestation sociale en Espagne : des syndicats percutés par les mouvements sociaux », Critique internationale, n°65, 2014 ; « Perspectives critiques sur la participation dans le monde du travail : éléments de repérage et de discussion », Participations, n°5, 2013 ; « Sur la pertinence heuristique du concept de champ syndical » in Maxime Quijoux, dir., Bourdieu et le travail, Rennes, PUR, 2015.
Par Nicolas Duvoux pour "la vie des idées"
La vie des idées : Le projet de loi de réforme du droit du travail a été critiqué notamment pour l’inégalité entre les femmes et les hommes qu’il introduirait ou renforcerait. Quelles sont les dimensions mises en cause et les effets anticipés des changements envisagés ? Dans le contexte des mobilisations en cours, qui prend en charge cette critique et comment sa publicisation s’opère-t-elle ?
Sophie Béroud : L’impact négatif de ce projet de loi sur les conditions de travail des femmes est lié à deux phénomènes massifs : le fait d’une part que les femmes sont particulièrement concernées par les emplois à temps partiel et d’autre part, qu’une partie de l’emploi féminin se concentre dans les PME/TPE. Les dispositions les plus contestées sont celles qui sont relatives à la possibilité de modifier les horaires de travail d’un salarié trois jours à l’avance, de modifier les dates de congés annuels moins d’un mois à l’avance ainsi que celle concernant la rémunération des heures complémentaires. On voit bien que ce qui est en jeu ici concerne la conciliation pour les femmes de la sphère domestique et de l’activité professionnelle, alors même que le partage des tâches domestiques demeure très fortement inégalitaire. Dans des entreprises de taille réduite, où les syndicats sont largement absents, on voit mal comment les arbitrages sur les horaires ou sur les congés se feraient dans un sens favorable pour des salariées par ailleurs réduites à des bas salaires en raison du temps partiel.
Le mouvement de fond – lancé depuis longtemps, bien avant la loi El Khomri – visant à donner la primauté à la négociation d’entreprise sur la négociation de branche n’est en rien favorable à ces salariées, dans la mesure le risque est grand de voir disparaître un minimum de normes transversales qui les protégeaient au moins un peu. Comment faire garder ses enfants avec des horaires atypiques, si les plannings de travail peuvent de plus changer au dernier moment ? Les travaux de Margaret Maruani [1] l’ont bien montré : une large part des travailleurs pauvres sont des travailleuses pauvres. Ces dispositions pourraient avoir pour conséquence de dévaloriser encore plus l’activité salariale pour une partie des femmes, créant la tentation de rester chez elles. De ce point de vue, le projet de loi apparaît comme régressif par rapport aux enjeux d’émancipation des femmes et de recherche d’une égalité femmes / homme dans la sphère professionnelle.
Ces dangers ont été pointés par le Conseil supérieur à l’égalité professionnelle ; ils ont également été soulignés dans une tribune « Non à la double peine pour les femmes » publiée dans Le Monde le 8 mars 2016 par des syndicalistes, des responsables d’association et des chercheuses… Mais il est vrai que ces enjeux ont été moins commentés dans le cadre mouvement contre la loi El Khomri que ceux relatifs aux jeunes. Dans une perspective d’analyse des mobilisations collectives, cela renvoie aux ressources dont disposent les différents groupes pour se faire entendre, aux usages qu’ils font de ces ressources, mais aussi aux catégories de perception des différents acteurs engagés pour dire le sens de la lutte en cours. Le fait qu’une partie de la jeunesse scolarisée se mobilise apparaît – pour les médias, mais aussi les acteurs politiques – comme un danger potentiel pour le pouvoir exécutif : le gouvernement a d’ailleurs multiplié les rencontres avec les organisations de jeunesse, quand il a fait peu cas des revendications portées par les syndicats favorables au retrait de la loi et encore moins des objections soulevées par les organisations féminines et féministes.