Cinéma-débat : Mains brunes sur la ville

EXTRÊME DROITE ET GESTION MUNICIPALE
mardi 18 février 2014
par  Universite Populaire Toulouse
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PROJECTION UNIQUE à UTOPIA Toulouse, mardi 18 mars à 20h30 à Toulouse, suivie d’un débat avec Claude Castex, organisée avec l’Université Populaire de Toulouse, le CODEX31, et Les amis du Monde Diplomatique, à l’occasion de la parution du prochain numéro de Manière de Voir sur « Les droites extrêmes » (achetez vos places à partir du 8 mars). Claude Castex : actuellement secrétaire de la section de Lannemezan de la LDH, il a été élu municipal à Vitrolles et a vécu la prise de la mairie en février 1997, puis la gestion de la ville par le couple Mégret. Il partagera avec nous cette expérience et ce qui caractérise la mise en place d’une politique d’extrême droite dans un commune.

MAINS BRUNES SUR LA VILLE

Bernard RICHARD et Jean-Baptiste MALET - documentaire France 2011 1h30mn - avec Jacques et Marie-Claude Bompard, Thierry Mariani, Christian Terras, Alain Hayot, de nombreux élus et citoyens de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur...

Du 18/03/14 au 18/03/14 à UTOPIA Toulouse

Il a le visage plutôt bonhomme, le sourire hâbleur, la poignée de mains facile qu’il distribue allègrement sur les marchés provençaux. Il aime les enfants souriants qu’il réjouit avec ses fêtes médiévales où les Croisés sont remis à l’honneur, les grands-mères qui le lui rendent bien. Jacques Bompard est un maire heureux, généreusement et régulièrement réélu depuis 1995. Un notable comme bien d’autres en France, apprécié de ses électeurs, qui sait rendre sa ville agréable… du moins pour ses partisans. Sauf que Jacques Bompard, soutien de l’OAS dans sa jeunesse, ancien membre du groupuscule Occident et d’Ordre Nouveau, est un pur produit de l’extrême-droite la plus radicale et la plus xénophobe. Quand il est élu en 1995 à Orange, une des quatre communes remportées par le Front National (avec Vitrolles, Toulon et Marignane, la région PACA a le « privilège » de les rassembler toutes), c’est un séisme politique. Mais c’est aussi, pour le Front National, l’occasion de faire d’Orange un laboratoire pour expérimenter son programme et son idéologie à l’échelle d’une collectivité locale. Depuis, seule Orange est restée dans l’escarcelle de l’extrême-droite, même si Bompard, frère d’idéologie de Jean Marie Le Pen, mais frère ennemi par ailleurs, a quitté le Front National pour créer la Ligue du Sud, alter ego de la Ligue du Nord, l’organisation populiste et réactionnaire lombarde. Marie-Claude, épouse de Jacques, a pour sa part conquis un peu plus tard la ville voisine de Bollène, aux traditions pourtant ouvrières et communistes.

Observer ce qui se passe à Orange et Bollène, c’est non seulement comprendre les ressorts démagogiques d’un succès électoral incontestable mais aussi avoir une vision, via le prisme local, de ce que pourraient être les politiques appliquées au quotidien si l’extrême droite venait à prendre le pouvoir au niveau national. Aussi la démarche du réalisateur Bernard Richard et du jeune journaliste Jean-Baptiste Malet, collaborateur de la revue catholique Golias, du journal Regards ou du satirique marseillais Le Ravi, spécialiste de l’extrême-droite (il a écrit « Derrière les lignes du Front, immersions et reportages en terre d’extrême-droite »), est extrêmement éclairante. Les deux comparses sont allés autant à la rencontre des électeurs des époux Bompard que des victimes collatérales et oubliées de leur système, sans omettre de rencontrer les intéressés : une confrontation généralement brutale, Bompard se conduisant comme un shérif enjoignant l’étranger qui ne lui plaît pas de quitter sa ville avant que l’affaire ne tourne au vinaigre. Ce qui est fascinant, c’est à la fois le décorum que Bompard a créé pour donner l’illusion à ses concitoyens de la ville idéale et les conséquences terribles de ses choix politiques sur les populations qui ne l’intéressent pas. Côté décorum, il y a l’importance accordée à la ville propre voire impeccable, fleurie à outrance, à la sécurisation totale grâce à une police municipale dotée de tous les pouvoirs, qui contrôle et pénalise ouvertement au faciès. Il y a aussi une communication que n’aurait pas reniée le régime nazi, inspirée par les petits fachos du Bloc Identitaire, à base d’enfants provençaux idéaux dans une France éternelle débarrassée de son immigration, avec ses fêtes médiévales où l’on exalte folklore local et héritage catholique. Avec, argument choc qu’apprécie le retraité à l’esprit épargnant, une rigueur budgétaire à toute épreuve, qui a même permis à Bompard d’accumuler dans les caisses de la mairie un vrai trésor de guerre. Mais la rigueur a un prix, celui du total abandon des quartiers populaires : fermeture de la quasi-totalité des structures sociales ou socio-culturelles, soudainement privées de subsides municipaux, coupes nettes dans la vie des associations culturelles ou d’animation qui ne répondent pas aux critères idéologiques de Bompard (autant dire que tous ceux qui ne versent pas dans le chant grégorien ou provençal peuvent changer de ville). Les jeunes, livrés à eux-mêmes, ne peuvent même pas espérer aller taper le ballon sur les terrains de foot, ceux-ci étant désormais réservés aux adhérents des clubs sportifs choisis par Bompard. Quant à l’opposition, elle est régulièrement insultée en conseil municipal et vit dans la terreur ou la soumission. Le constat est terrifiant et devrait faire réfléchir à deux fois ceux qui se laisseraient tenter par la fille de son père…